Evaluation scolaire : pour quand la réforme?

Evaluation scolaire : pour quand la réforme?

24 juin 2014
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Débat. dans de nombreux pays, des enquêtes réalisées en milieu scolaire démontrent que la “remise des notes” est le moment que redoutent le plus les élèves. Avec un système basé sur une évaluation comptable des performances scolaires, la Tunisie ne fait pas exception. Ainsi, dans une logique de plus en plus concurrentielle, l’objectif unique des élèves, sous la pression des parents, est d’obtenir la note maximale. De plus en plus, le système d’enseignement fonctionne (ou dysfonctionne) uniquement pour la mise en valeur des égos, par l’intermédiaire du résultat comptable.

L’exemple Français

Le Ministre français de l’Education Nationale ouvre ce mardi 24 juin, une conférence nationale sur l’évaluation des élèves. Cette vaste consultation associe la communauté éducative et la société civile de juillet à décembre et a pour objectif d’élaborer une nouvelle politique d’évaluation scolaire, qui devrait voir le jour en 2015.

A l’instar des scandinaves qui ont évolué depuis des années, la France se penche aujourd’hui sur un système de notation qui met l’accent sur les lacunes et les échecs des élèves et qui peut être même très décourageant et paralysant. Ainsi, dans la perception du Ministre français, l’évaluation devrait servir à « stimuler » au lieu de « décourager ». L’idée n’est pas de faire disparaitre la note, jugée comme utile, mais d’y associer d’autres critères d’évaluation, plus à même d’accompagner les élèves dans leur apprentissage et de les stimuler.

Le modèle tunisien

A ce propos, qu’en est-il de notre système en Tunisie ? En matière d’éducation, notre modèle d’inspiration, à défaut de proposer un système propre, est français. Cependant, l’évaluation, surtout en primaire, fait exception à la règle. Ainsi, nos élèves, dés le plus jeune âge sont embarqués dans une folle course à la performance, avec calcul de moyenne et classement « récompensé » par des appréciations et des mentions. Dés l’école primaire, on installe une compétition qui ne favorise d’aucune manière l’apprentissage et l’acquisition de compétences. Les élèves, souvent poussés par leurs parents, cherchent essentiellement à obtenir la meilleure note et sont projetés dans un système hyper concurrentiel.

Ainsi, toutes les recettes sont mises à disposition des enfants (pour les parents qui en ont les moyens) pour atteindre le Graal du 20/20. Cours particuliers, parascolaires, stages intensifs…Tout est fait pour que l’enfant parvienne à l’excellence. Certains enseignants vont même jusqu’à abuser de ce système pour corréler la note en classe, aux cours de soutien scolaire dispensés par leurs soins à titre privés. Résultat : des élèves qui obtiennent de très bonnes notes, sans pour autant avoir atteint certains objectifs pédagogiques ou acquis un minimum de compétences, comme en atteste les résultats des élèves tunisiens aux tests PISA.

A quant la révolution ?

De nombreux enseignants s’érigent contre cette manière d’évaluer les élèves, plusieurs d’entre eux, à défaut d’apporter de véritables alternatives, prônent un changement radical dans la manière de faire. Les 36% de réussite au diplôme du baccalauréat de cette année (alors même que le système des 25% est toujours en vigueur et que de nombreux cas de fraudes ont été constatés) devrait pousser les décideurs à s’interroger sur la pertinence du système actuel. Il est temps de se préoccuper des réels objectifs de l’enseignement en matière d’acquisition de capacités et de compétences, plutôt que de s’attacher à un modèle qui favorise un écran de fumée que sont les moyennes annuelles et les mentions obtenues.

Il  est urgent de passer à l’action et de réaliser une analyse constructive non seulement de notre méthode d’évaluation scolaire, mais de tout notre système d’enseignement.

Pour aller plus loin

Benoît Hamon veut en finir avec les notes qui “paralysent” les élèves.

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