Présentation du livre blanc de la réforme scolaire en Tunisie
Par Mongi Akrout & Hédi Bouhouch 5 juin 2016A la mi-mai 2016, le ministère de l’éducation a publié « le livre blanc : Projet de réforme du système éducatif en Tunisie » , avec le slogan suivant : « Pour une école tunisienne équitable, hautement performante qui forme le citoyen et relève la patrie ».
Hédi Bouhouch & Mongi Akrout, inspecteurs généraux retraités Tunis, ont réalisé un travail d’analyse et de commentaire de ce Livre Blanc, dont nous vous présentons ici la première partie consacrée à la présentation de l’ouvrage.
Le projet de réforme scolaire en Tunisie, se base sur 4 piliers pour l’école des prochaines décennies, ces piliers sont l’équité, la qualité, la formation du citoyen et la promotion de la patrie. C’est une vision qui répond aux attentes et aux conditions de l’étape historique et aide à surmonter les difficultés de l’état actuel de l’institution scolaire nationale.
La structure du document
La copie électronique que nous avons consultée est d’une bonne qualité graphique, elle comporte 168 pages, un avant-propos de la plume du Ministre de l’éducation, une table des matières , mais sans liste des tableaux et des graphiques. Le livre est composé d’un avant propos et d’une conclusion sous la forme d’un résumé et de cinq grandes parties :
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I. Les contextes de la réforme et ses références : 40 pages (14-54)
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II. Les défis et les enjeux: 32 pages (55-87)
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III. Les orientations stratégiques de la réforme: 33 pages (88-111)
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IV. Les programmes de la réforme et ses projets: 52 pages (112-164)
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V. L’estimation du coût de la réforme du système éducatif : 2 pages (164-166)
Mais en réalité le livre est bâti en deux grandes parties : une première partie consacrée au contexte de la réforme et à ses références ainsi qu’aux défis et aux enjeux et aux orientations stratégiques. Une deuxième partie pour présenter le programme de réformes et son coût estimé.
Le propos du Ministre de l’Education Nationale
Pour le ministre, le Livre Blanc est :
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Le couronnement d’une démarche qui a rompu avec l’improvisation, la précipitation, le hasard. (P 7)
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Le fruit d’un dialogue, d’une large participation, d’une consultation ciblée et d’une volonté d’associer toutes les parties qui ont un rapport avec l’éducation (enseignants, élèves et parents et personnel d’encadrement) (p.7)
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Une Représentation des caractéristiques d’une école qui a fait l’objet d’un consensus au cours du dialogue national . (P 7)
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Un projet éducatif pour la Tunisie nouvelle (P 8)
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Un inventaire des informations et de données objectives et actualisées destinées pour un public précis, pour l’aider à prendre une décision ou opter pour une hypothèse ou une possibilité à propos d’une question précise.( p 10)
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Des propositions et des orientations appuyées par des documents et des justificatifs (p 10).
En résumé le livre blanc est un document de travail dans lequel le ministère de l’éducation expose le projet éducatif de la Tunisie après la révolution, un projet qui est le fruit d’un consensus entre les parties qui avaient participé au dialogue national sur la réforme du système éducatif selon une démarche dite d’association et de consultation sur la base du dialogue.
Donc, ce que présente le livre n’est pas, d’après ses concepteurs, un projet fini, mais il est plutôt une vision d’un projet de société et de civilisation, qui voit dans l’école
une locomotive des transformations scientifiques, technologiques, et économiques actuelles et futures » (p 7)
Ce projet est mis à la disposition de l’opinion publique pour le discuter, l’amender et l’enrichir
Nous aspirons à une large interaction de la part de ceux qui s’intéressent à la question de l’école, hommes politiques, membres de la société civile, membres de la communauté scientifique et l’opinion publique, pour baliser la voie de l’avenir » ( p.8)
Et tout cela dans un cadre d’un courant de pensée qui conçoit toute réforme comme « une action cumulative, une construction et une évolution qui part des acquis de la pensée réformiste et de ses expériences, et qui tire profit des difficultés et des échecs des réformes précédentes » (p9). Et le ministre de conclure que son but ultime est de
Réhabiliter l’enseignement et l’éducation et leur redonner de reprendre leur place dans la société (p 10).
Commentaire :
Le livre blanc cible deux publics différents et deux objectifs distincts :
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Un public bien défini (parle-t-on ici des politiques ou des experts techniciens) qui seront appelés à prendre les décisions et à faire les choix parmi un certain nombre d’options proposées)
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L’ensemble des tunisiens et des tunisiennes pour chercher à fédérer le plus grand nombre d’entre eux autour du projet si le premier objectif s’inscrit pleinement dans la philosophie des livres blancs.
Le deuxième nous semble peu réaliste, l’ensemble des tunisiens va trouver beaucoup de difficultés à lire les 169 pages du document, il serait plus pratique de concevoir un document plus concis de vulgarisation qui soit à la portée de monsieur tout le monde.
Les contextes de la réforme scolaire en Tunisie et ses références
C’est une partie cadre très importante, structurée en 4 sous parties qui s’enchainent et qui se rapportent à l’état actuel de l’école tunisienne, aux impératifs de sa réforme, aux contextes de la réforme, aux choix méthodologiques qui ont facilité le diagnostic.
Etat actuel de l’école en Tunisie et motifs de la réforme
C’est la partie du diagnostic sur l’état de l’école tunisienne, qui énumère les différents dysfonctionnements du système éducatif actuel, (chute du niveau des acquis des élèves, aggravation de l’échec scolaire, disparités entre les régions et entre les établissements, difficulté d’insertion des diplômés de l’école, délinquance et violence , détérioration du cadre de travail …).
Commentaire
L’historien de l’école tunisienne est frappé par la similitude de ce diagnostic avec ceux réalisés depuis à peu près 40 ans ( même si la terminologie a un peu changé), depuis l’évaluation du système faite en 1967 par la commission nationale de l’enseignement, en passant par les rapports des commissions permanentes instituées par le ministre Chedly Ayari au début des années 70 et les résultats de la consultation nationale sur l’état de l’enseignement et l’éducation en 1988, jusqu’au dernier diagnostic fait par les commissions de réflexion mise en place par le Ministre Hatem Ben Salem.
Toutes ces évaluations avaient diagnostiqué ces mêmes défaillances avec quelques nuances, mais elles n’ont pas réussi à les éradiquer. C’est pour dire qu’on est en présence de défaillances structurelles faciles à diagnostiquer mais difficile à traiter. Est-ce que le défaut réside dans les mesures elles-mêmes, dans le mode d’application ou dans le suivi ?
Contexte de la réforme scolaire en Tunisie
Le rapport insiste sur la nécessité d’inscrire le projet de la future réforme dans le contexte mondial marqué par la mondialisation, la révolution technologique, la compétitivité, la capacité d’adaptation rapide, les standards internationaux et les différents programmes mondiaux (Programme arabe pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement, l’éducation pour tous, le mouvement mondial de l’enseignement pour tous, l’enseignement en premier …)
Simultanément au contexte mondial, le rapport accorde au contexte local toute l’importance qu’il mérite (l’héritage cumulé de plusieurs années de réformes, la place de l’école et des études dans la société tunisienne depuis longtemps, …). Cet héritage peut constituer une base pour la nouvelle réforme.
Commentaire
Ancré le système éducatif tunisien au contexte international et aux systèmes éducatifs reconnus pour leurs performances reste un objectif à long terme, on pourrait commencer par se familiariser avec les normes internationales pour l’élaboration des programmes et pour l’évaluation avant de s’aligner progressivement sur les standards du contexte mondial.
Le plus important pour le moment est d’éviter d’isoler notre système et le laisser en marge des progrès de l’éducation dans le monde, et ce en poursuivant la participation aux évaluations internationales et en encourageant la recherche pédagogique et les échanges avec les systèmes les plus performants.
Le mérite de cette partie, c’est qu’elle valorise le grand héritage de l’école tunisienne, prenant le contre pied des prises de positions populistes qui ont foisonné depuis quelques années qui ne parlent que de désert scolaire et de succession d’échecs des politiques scolaires ; il y’a un retour à la raison et une reconnaissance de l’œuvre des « militants de l’éducation et de l’enseignement depuis le dix-neuvième siècle » et parle de « d’une vision qui reconnait les nombreux acquis du système éducatif tunisien actuel qu’on pourrait capitaliser … » pour profiter des expériences et des réformes successives sans dénigrement ni sacralisation ; nous estimons que c’est une bonne approche et un gage de réussite.
Les choix méthodologiques
Cette sous partie explique et justifie la méthodologie suivie par les promoteurs de la réforme. Il s’agit, d’après eux, d’une approche participative et partenariale qui cherche à impliquer le plus grand nombre de parties et de personnes en lançant un dialogue national, parrainé par le ministère de l’éducation, l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens, l’Institut Arabe des Droit de l’Homme et l’organisation de centaines de réunions avec les élèves et d’autres avec le corps enseignant, le corps administratif et le corps de l’inspection pédagogique.
Commentaire
C’est une méthode qui a théoriquement beaucoup de mérite mais elle a soulevé beaucoup de critiques et de réserves de la part des parties qui se sont senties exclues ou pas suffisamment impliqués.
D’autres part, il nous semble qu’il y a un excès d’autosatisfaction quant à la méthodologie appliquée, on lit à la page 36 « c’est pour la première fois ( !!) dans l’histoire des réformes éducatives qu’a connue l’école tunisienne, une méthodologie qui part de la base grâce à laquelle on a écouté avec attention ( !!) tous les avis, toutes les propositions et toutes les évaluations dans leurs différences, leurs diversités et leurs oppositions parfois »
Enfin, les témoignages que nous avons recueillis, chez certains participants et chez certains animateurs de ces rencontres laissent planer des doutes quant à la qualité des débats, « les participants se sont trompés de lieu et de sujet » ironisait l’un des animateurs en résumant son expérience.
Les références de la réforme
Le rapport cite les références de la future réforme dans l’ordre d’importance : la principale est la Constitution tunisienne qui a réservé 5 articles à la question de l’enseignement et de l’éducation.
Viennent ensuite les nombreuses conventions et rapports internationaux et régionaux relatifs à l’éducation, du plus ancien qui remonte à 1948 (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) au plus récent qui date de 2015 (déclaration du Forum mondial sur l’éducation 2015, 19-22 mai 2015, Incheon, République de Corée : Assurer une éducation équitable, inclusive et de qualité et un apprentissage tout au long de la vie pour tous, d’ici à 2030. Transformer les vies grâce à l’éducation : l’éducation à l’horizon 2030).
La troisième référence est constituée par les divers écrits sur l’école et l’éducation en Tunisie (rapports officiels, études, recherches académiques et rapports pédagogiques).
Retrouvez l’intégralité de l’article sur le blog des auteurs : Le livre blanc, projet de réforme du système éducatif


