Initiation à la pédagogie différenciée

Par Karim Elouardani 27 mars 2015
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En classe, un enseignant se retrouve généralement face à des élèves ou des étudiants ayant des capacités et des modes d’apprentissage différents. Ainsi, il existe entre les élèves des écarts de vitesse, d’autonomie, de motivation, d’intérêt, de compréhension…Dans ce cadre, comment peut faire un enseignant pour ne plus être « indifférent aux différences » ? Comment peut-il prendre en compte l’hétérogénéité de son groupe d’apprenants pour proposer un meilleur enseignement pour tous ?

Une réponse se trouve certainement dans le concept de pédagogie différenciée. Cette approche part du constat que chaque élève est différent. Elle apporte une réponse à l’hétérogénéité des classes par des pratiques adaptées à chaque apprenant. En mettant en place une méthode de différenciation pédagogique, c l’enseignant n’est plus au centre de la classe, mais c’est l’enfant ou l’activité qui devient le principal intérêt. En outre, cette pédagogie contribue à ce qu’on définie comme le développement personnel de l’enfant.

Plusieurs chercheurs et spécialistes ce sont intéressés à la pédagogie différenciée. Selon Philippe Perrenoud, enseignant chercheur à l’Université de Genève, spécialiste de l’innovation en formation et en éducation:

Différencier, c’est rompre avec la pédagogie frontale, la même leçon, les mêmes exercices pour tous ; c’est surtout mettre en place une organisation du travail et des dispositifs qui placent régulièrement chacun, chacune dans une situation optimale. Cette organisation consiste à utiliser toutes les ressources disponibles, à jouer sur tous les paramètres, pour organiser les activités de telle sorte que chaque élève soit constamment ou du moins très souvent confronté aux situations didactiques les plus fécondes pour lui.

Longtemps, l’apprentissage et la réussite scolaire ont été considérés comme une question de talent et d’aptitude. On pensait que certains élèves naissent doués, avec ce qu’il faut pour réussir, et d’autres pas. Ce n’est que vers les années 70, que le psychologue américain, spécialiste en pédagogie, Benjamin Bloom a remis en question ce dogme. Ses travaux ont notamment démontré que l’enseignant pouvait amener à réussir une grande majorité de ses élèves en ajustant l’environnement d’apprentissage et les formules pédagogiques, de manière à prendre en compte les préalables et caractéristiques particulières des apprenants, au regard d’un enseignement particulier. Un enseignant qui met en place la différenciation pédagogique peut favoriser la réussite d’une grande partie de ses élèves.

Pour le chercheur et écrivain français Philippe Meirieu , spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie :

L’expression de pédagogie différenciée est un pléonasme, il n’y a de pédagogie que différenciée, puisqu’il n’y a de savoir que dans et par le chemin qui y mène . (L’école, mode d’emploi).

Processus de pédagogie différenciée
Deux types de pédagogies différenciées

On distingue généralement deux types de de différenciation pédagogique : la différenciation successive et la différenciation simultanée.

La différenciation successive se met en place sans aucune incidence sur le déroulement normal du cycle d’apprentissage. Elle est introduit lors des leçons de classe collectives. Les critères de réussite sont les mêmes pour l’ensemble des élèves, mais la manière de les valider, d’atteindre les objectifs pédagogiques et donc de travailler sont différentes.

La différenciation simultanée est un processus d’apprentissage dans lequel les objectifs, les supports pédagogiques, la manière de travailler sont différentes selon les élèves, alors que le temps de réalisation est le même pour l’ensemble de la classe.

Ainsi, Philippe Meirieu fait même deux distinctions entre différenciation et individualisation d’une part, et entre et groupes de besoin et groupes de niveaux, d’autre part. Pour lui, la classe doit rester un groupe au sein duquel l’élève évolue, même si l’apprentissage est adapté à ses spécificités. L’enseignement n’est pas individualisé, mais les élèves sont intégrés dans des groupes de besoin qui contrairement aux groupes de niveaux sont constitués en fonction des attentes spécifiques des élèves à un moment donné pour répondre à une problématique donnée. Ce ne sont pas des groupes « annuels », ils sont formés et évoluent au fur et à mesure de la progression des élèves.

Pour pratiquer une pédagogie différenciée, il est indispensable de mettre en œuvre des méthodes de travail variées et diversifiées, adaptées aux besoins et au style cognitif de chaque élève, afin qu’il puisse aller aussi loin et aussi haut que possible.

variation adaptation dans la pédagogie différenciée

Selon l’écrivain et psychosociologue français  André de Peretti la pédagogie différenciée doit plutôt être considérée comme une méthode d’enseignement et non comme une pédagogie.  Il considère trois principes de différenciations. D’abord, la  mise en œuvre doit être à la fois “variée, diversifiée, concertée et compréhensive”. Ensuite, l’hétérogénéité des élèves doit amener l’enseignant à apporter des réponses différentes correspondant aux besoins des élèves et à mettre en place sa propre méthode de travail.

Pour aller plus loin

Motiver les élèves grâce à une pédagogie alternative

Intégrer une pédagogie numérique en contexte scolaire

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