Jeu de rôle et apprentissage

Jeu de rôle et apprentissage

Par 13 août 2018
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Le jeu de rôle permet à un enfant, un adolescent, un adulte, toute personne y participant, de se projeter dans une situation imaginaire, non réelle donc. On pourrait penser que ce type de jeu est régressif, et pourtant.

Avez-vous déjà observé des enfants jouant de la sorte ?

Ils reproduisent les gestes, voire la posture, et les paroles de l’élément qu’ils ont choisi. Mais pour faire cela, un travail d’observation sous-tend le processus. Cependant, quand, dans une telle situation un événement inattendu, non observé ou non intégré, survient, est-ce que le jeu de rôle s’arrête ?

 

 

Non… Ou alors pas toujours… La projection permet de se mettre à la place de l’ure et d’essayer de penser comme l’autre et donc de parvenir à une façon de (ré)agir qui n’est pas sienne initialement. Ceci permet donc de progresser, de trouver des solutions en se mettant à la place de l’autre. Car l’on n’est plus soi mais un autre, on dépasse donc certaines inhibitions personnelles, mais aussi, parce que cet autre à une autre façon de penser, reconstituée et non nécessairement vraie, que l’on expérimente et dans laquelle on se projette, on peut dépasser les conclusions et solutions trouvées en dehors du jeu de rôle.

Le jeu de rôle n’est bien entendu pas vécu de la même façon chez tout le monde, mais l’expérimenter permet d’améliorer sa compétence à se projeter et concevoir ce qui ne nous concerne pas en temps normal, ce qui n’est pas nous. L’encourager et non le dénigrer est donc quelque chose que ce moi qui écrit et que peut-être vous imaginez ne peut que vous conseiller.

Par exemple, cette activité déjà présente chez les enfants de deux ans leur permet d’intégrer les intonations, d’imiter et intégrer les mimiques et donc de comprendre ce qui les entoure mais aussi apprendre à induire et déduire à partir d’éléments récoltés. Ils apprennent à aller au-delà de l’expérimenté pour et par le plaisir procuré.

D’ailleurs, quand vous lisez ceci, ou tout autre écrit, vous vous projetez dans ce qui vous est raconté. Vous parvenez et vous appréciez plus ou moins une lecture du fait que vous avez pu vous y immerger. Vous avez pu vous projeter par ce même mécanisme qui vous permet de supposer, induire et déduire. Capacité que l’on travaille chez les enfants et que l’on vante généralement.

Alors pourquoi ne pas travailler le jeu de rôle après une lecture, par exemple, pour travailler sur le ressenti des lecteurs, sur ce qu’ils ont retenu, ce qui permet de travailler la langue mais aussi une autre voie vers la lecture. Ceci serait aussi l’occasion d’apprendre des autres et peut-être même de prolonger une lecture, une situation, pour en faire un projet écrit. Différentes situations sont possibles, différentes utilisations sont laissées à la créativité de tout un chacun.

Le jeu de rôle peut devenir une prémisse au processus d’entrée dans la lecture comme il peut l’accompagner. Sans porter de jugements, organiser un jeu de rôle permettrait, pédagogiquement, de travailler la capacité de projection et donc l’acquisition d’expérience, les processus d’inférences.

Par ailleurs, cette activité ludique est une autre voie vers un travail de classe où ce n’est pas le professeur acteur mais bien les élèves.

Comment procéder donc :

  1. Travail préalable de recherche d’informations sur le thème déterminé.

  2. Établir le contexte et les rôles : tout dépend de ce qui doit être travaillé. Une part de liberté doit toutefois demeurer pour obtenir l’adhésion des participants, ainsi qu’un travail de création, d’induction, de questionnement. Pour déterminer des rôles pertinents, les joueurs doivent pouvoir poser des questions au référent (ce qui implique un travail préalable), et se poser des questions, donc un travail de raisonnement, qui peut ensuite être corrigé. On notera qu’un travail en semi-autonomie est également envisageable, notamment dans les simulations globales par exemple, mais nous y reviendrons. Et dans ce cas les apprenants sont en autonomie pour déterminer leurs rôles à leur convenance et par rapport à leurs recherches.

  3. Lancer le jeu de rôle par une consigne, par un questionnement, et si on veut parvenir à un point précis, ne pas tout interrompre pour y parvenir mais conserver à l’esprit l’idée pour s’y diriger ou rediriger. Galanterie, respect, écoute… ou quel que soit le nom qu’on puisse lui donner, exige.

Finalement, si un élément tel que le doute concernant la limite entre réel et fictionnel vous taraude ou pointe le bout de son nez, demandez-vous si vous croyez vraiment à ce à quoi vous avez rêvé la nuit passée ou si un enfant qui prétend être un pirate ou sa maman continue d’y croire après avoir fini de jouer…

 

Source : Harris, P. L. (2000). The Work of the Imagination (Blackwell Publishers). Grande Bretagne: Blackwell Publishers Inc

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