Les défis et les enjeux de la réforme du système éducatif tunisien

Les défis et les enjeux de la réforme du système éducatif tunisien

Par 5 juin 2016
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A la mi-mai 2016, le ministère de l’éducation a publié « le  livre blanc : Projet de réforme du système éducatif en Tunisie » ,  avec le slogan suivant : « Pour une école tunisienne équitable, hautement performante qui forme le citoyen et relève la  patrie ».  

Hédi Bouhouch & Mongi Akrout, inspecteurs généraux retraités Tunis, ont réalisé un travail d’analyse et de commentaire de ce Livre Blanc, dans cette deuxième partie, ils exposent les défis et les enjeux de la réforme du système éducatif tunisien.

 

Le livre blanc sur la réforme du système éducatif tunisien a choisi de résumer les différents problèmes de l’éducation dans  4  grands défis suivants.

 

Assurer l’équité et l’égalité des chances dans l’éducation

Le premier défi  de la nouvelle réforme est celui des  écarts  entre les régions, entre les établissements et entre les individus (enfants porteurs d’handicaps), écarts nourris par  des défaillances au niveau:

  • De l’apprentissage et de l’encadrement préscolaire dans plusieurs régions (le taux d’enfants inscrits en 1ère année  ayant suivi une préparation  préscolaire varie du simple au double entre les régions (de 44 à 98 %).

  • Au niveau de la politique de formation initiale des enseignants, de leur recrutement, de leur formation continue et de la gestion de leur carrière.

  • De  la politique envers les enfants aux besoins spécifiques (au niveau de l’infrastructure, du personnel spécialisé…)

  • De l’environnement matériel du travail de l’enseignant dans un grand nombre d’établissements qui se dégrade de jour en jour.

  • Du rendement dans plusieurs écoles qui chute  dangereusement  surtout dans les écoles isolées situées en  milieu rural.

  • L’exclusion d’une frange de la société  causée par l’élévation du coût des études  (bien que l’enseignement soit gratuit) , par le jeu  des cours particuliers et de l’étude qui sont  devenus quasi obligatoires.

Commentaire :

Ce premier défi remonte à la fin des années 60,il a été signalé par la commission nationale de l’enseignement en 1967 et les mesures prises pour l’endiguer fut sans résultat, au contraire la situation a empiré si bien que le professeur Mongi Bousnisna  lui a consacré sa thèse de géographie où il a décortiqué la question et analyser ses causes,

Une autre étude plus récente ( 2004 ) réalisée par le ministère s’est penchée sur les disparités des résultats au baccalauréat au cours des années 2000 – 2005, là aussi nous nous trouvons face à un problème aussi vieux que l’école moderne en Tunisie, puisque déjà à l’époque du protectorat les régions côtières enregistraient les meilleurs résultats scolaires  que le reste  des régions.

Nous pensons que le système a échoué dans toutes ses tentatives pour réduire les écarts (comme le Programme des écoles prioritaires, le projet de l’école, le slogan « une école où chacun à une chance », nous insistons sur ce point pour dire, pourquoi poursuit-on des programmes qui ont montré leurs limites, avant de détecter les raisons de ce état de fait ? 

Améliorer la  qualité de l’enseignement et des acquis des élèves 

C’est un défi qui n’a cessé d’être un souci pour les responsables de l’école tunisienne depuis la fin des années soixante, or tous les indicateurs semblent indiquer une évolution dans le sens opposé.

Commentaire :

Ce paragraphe soulève quelques remarques, puisqu’il avance des affirmations qui nous semblent hâtives et non fondées et qui reproduisent des idées de Monsieur tout le monde, comme par exemple :

L’explication de l’échec d’un grand nombre d’étudiants par la modestie de leurs acquis, et passer sous silence la question de l’orientation imposée et non désirée qui démotive l’étudiant, ou la question de la qualité de l’encadrement, les contenus de la formation et de sa durée…

L’explication du chômage des diplômés par la qualité des diplômes ne tient pas la route, l’explication est à chercher ailleurs, elle est peut être dans l’incapacité de l’économie nationale en récession de créer des emplois en nombre suffisant.

Enfin, à partir des résultats des bacheliers des dernières sessions pour en tirer une preuve de  la  baisse du niveau est un peu risqué, car on ne dispose pas de données relatives aux années soixante ou au années soixante-dix pour pouvoir comparer et tirer des conclusions à propos de la baisse ou non du niveau des élèves.. 

 

Assurer l’intégration de l’école dans l’économie et la société 

Cette intégration est actuellement absente, d’après le rapport, la preuve c’est le grand nombre de diplômés chômeurs (prédominance de l’enseignement centré sur les savoir au dépens des compétences et des habilités, dévalorisation de la formation professionnelle…).

Commentaire  

Ce défi est aussi vieux que l’école tunisienne et ses premières réformes, la création de l’école militaire au XIXe siècle s’inscrivait dans l’ optique de fournir au pays les cadres dont il avait besoin. A l’époque du protectorat, les responsables voulaient « un enseignement au service de l’économie coloniale » , la première réforme a conçu l’enseignement moyen et l’enseignement secondaire court dans la même optique, enfin le lancement de l’approche par compétence n’avait pour but que de faciliter l’intégration des diplômés dans le tissu économique. Allons-nous vers la solution du problème avec la nouvelle réforme ?

 

Pour une meilleure gouvernance du système éducatif tunisien

Le livre blanc signale un déficit de gouvernance du système éducatif tunisien en insistant sur deux aspects :

Le premier est un paradoxe : c’est l’augmentation vertigineuse des dépenses qui ne se traduit pas par une amélioration du rendement du système.

Le deuxième est l’organisation macrocéphale du système qui se traduit par la centralisation excessive et une marginalisation de l’administration régionale .

La réforme se doit, d’après le livre blanc, de s’attaquer à ces deux aspects en engageant d’une part une révision systématique du mode de gestion des moyens financiers en instituant la gestion « participative », la transparence et en mettant en pratique les principes de l’accès aux documents et de l’ “accountability“, et d’autre part en procédant à une réorganisation fonctionnelle de l’administration centrale et régionale.

Commentaire

Cette partie se réfère à un diagnostic juste mais ne donne qu’une partie de l’explication qui s’inscrit dans la ligne générale du livre, nous pensons que  l’explosion des dépenses ne relève pas uniquement d’une mauvaise gestion ( même si  elle peut exister), elle est due aussi à des facteurs objectifs comme la flambée des prix, l’acquisition de nouveaux équipements et l’augmentation des salaires (qui engloutissent 93% du budget du ministère en 2016 d’après le rapport lui-même)

De plus, le rapport fait un raccourci entre les dépenses et le rendement de l’école. Celle-ci n’obéit pas aux règles de gestion appliquées dans le domaine économique où une augmentation des dépenses peut se traduire par une amélioration du rendement à moyen et court terme. Dans le secteur de l’éducation le résultat ne peut être qu’à long terme, et pour reprendre les termes du livre blanc lui même, comment peut-on parler de « priorité nationale » et comment peut-on « améliorer la situation en consacrant moins de 3% du budget de l’Etat au développement de l’école ».

 

 

 

 

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