Tunisie : l’école au temps du Covid-19

Tunisie : l’école au temps du Covid-19

Par 9 avril 2020
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En Tunisie, comme dans le reste du monde, la crise du Covid-19 a obligé les autorités à suspendre les cours et plus de 2 millions d’élèves se sont retrouvés privés d’école. Dans un pays où la fracture numérique est criarde et où l’éducation nationale, à l’image de toute l’administration publique tunisienne, n’a pas encore débuter sa transformation digitale, quelle solutions pour la continuité de la scolarité ?

Avec l’évolution de la crise sanitaire, il est de plus en plus certain que le retour à l’école ne se fera pas de si tôt. Et même si un déconfinement devait  intervenir dans les prochaines semaines (prochains mois ?), il ne concernerait à priori pas les élèves, ou du moins une majorité d’entre eux. Si la Tunisie devait aller dans la voie d’un retour progressif à la normale, il est certain que le Ministère de l’Education privilégiait en premier lieu les élèves des classes terminales (examen du baccalauréat oblige), voire les élèves concernés par les concours nationaux (Neuvième et Sixième). Ainsi, ce sont plus de 1,6 millions d’élèves qui risquent de ne pas retourner en classe, et donc de ne pas finir l’année scolaire 2019-2020.

Au delà de finaliser les programmes et d’acquérir les compétences requises pour chaque niveau, la problématique est que ces enfants risquent d’être privés d’apprentissage et de scolarité pour quelques mois. Et même si notre système éducatif a l’habitude des grandes périodes de vacances (près de 4 mois l’été pour certains), la durée du confinement risque d’éloigner les élèves de l’école pour des périodes allant de 6 mois dans le meilleur des cas (retour en classe en septembre) à 9 mois si un retour au début 2021 avec peut-être la disponibilité d’un vaccin. 

Dans ce cadre et pour anticiper d’éventuelles autres crises sanitaires (on parle par exemple d’une possible saisonnalité du Covid-19) qu’elle est ou pourrait être la réponse du Ministère de l’Education pour garantir la continuité pédagogique et la poursuite de la scolarité ?

Tout d’abord, une première partie de la réponse est venue du secteur privé. Que ce soit les établissement d’enseignement privés ou les entreprises du secteur des nouvelles technologies, chacun à son niveau tente aujourd’hui de mettre en place des réponses numériques ou des solution en ligne pour permettre aux enseignants de continuer leurs missions et aux élèves de poursuivre la classe. D’une part, après quelques jours de flottement (sans doute dus à l’absence d’informations claires quant à la durée du confinement) des écoles et collèges privés ont mis en place des processus pour assurer la continuité des cours, le plus souvent à travers des  sessions de visioconférences (cours en ligne) et des processus d’envois de documents contenant des cours et des exercices, sous format de documents à télécharger. D’autre part, plusieurs sociétés et start-up tunisiennes se sont mis en ordre de bataille pour mettre à disposition de l’enseignement tunisien des outils en ligne et de applications numériques pour permettre la continuité de la classe. Parmi ces initiatives nous pouvons citer celle de visio.tn, celle de Reschool qui met à disposition des capsules vidéos ou encore Estiféda qui propose aux enseignants d’utiliser gratuitement sa plateforme Monprof.tn et il en existe d’autres qui n’ont pas encore été recensés.

Ensuite, le Ministère n’est pas resté les bras croisés. Face à l’absence de solutions de la part de ses partenaires traditionnels, les grandes multinationales qui offrent des logiciels et des formations gratuits et en l’inexistence d’un écosystème de développement de solutions numériques locales, l’Education Nationale a du déployé son système D. D’abord, elle a lancé en collaboration avec la Télévision Nationale une chaîne éducative (Al Wataniya 3) qui diffuse des cours enregistrés par des enseignants. Ensuite, le Ministre a diffusé un communiqué invitant les enseignants a élaboré des cours et de exercices sous forme de documents numériques (PowerPoint et PDF), sans pour autant précisé l’usage qui en sera fait.  Evidemment aujourd’hui l’Education Nationale est surtout victime de la non anticipation des différentes administrations qui se sont succéder et du manque d’équipement et d’infrastructures, surtout dans les régions de l’intérieur. Elle est également victime de la politique de servitude aux GAFAM (comme l’ensemble de l’administration tunisienne) et est contraint d’abandonner une partie (l’ensemble ?) de sa souveraineté pédagogique (nous y reviendrons).

Alors cette crise va t-elle accentuer la fracture éducative entre les régions défavorisées et le reste du pays ? En l’état, la réponse est malheureusement oui. Même si le Ministère n’a donné aucune consigne claire, de nombreux enseignants du secteur public, mettent en place des initiatives en ligne pour assurer la continuité de leur enseignement. Ces initiatives sont conditionnées par l’équipement des élèves et leur accès à internet et touchent en majorité les zones urbaines et côtières.

Le Ministère doit-il laisser faire ? Nous pensons que oui. Car cela va dans le sens de la politique du nivellement par le haut de notre système éducatif, prônée depuis de nombreuses années (généralisation du système pilote et de l’enseignement privé) par les gouvernements successifs (et bien avant 2011). 

L’Education Nationale doit-elle rester les bras croisés ? Evidemment que non ! dans l’urgence, il faut évidemment continuer à trouver les solutions adaptées pour continuer à favoriser l’accès à l’éducation pour tous (la télé est pour le moment le moyen le plus adapté). Mais elle doit également commencer à réfléchir sur les prochains mois (Et si la crise sanitaire durait ?) et sur les prochaines années. L’Education Nationale doit également, comme le font d’autres administrations actuellement (robot policier, respirateurs « low-cost » fabriqués par des ingénieurs, masques 3D…), s’entourer de compétences et organisations tunisiennes pour commencer à repenser notre Ecole et pour remettre l’éducation au cœur du modèle de développement tunisien. 

 

 

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