Maroc : la privatisation à outrance de l’enseignement inquiète l’ONU

Maroc : la privatisation à outrance de l’enseignement inquiète l’ONU

Par La Rédaction 18 avril 2015
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Le système éducatif marocain est-il en danger ? C’est en tout cas ce que sous-entend un document publié dernièrement par le Comité des Droits Economiques Sociaux et Culturels de l’Organisation des Nations Unies (CDESC), qui fait état d’un nombre de questions auxquelles doit répondre le gouvernement du Maroc dans les prochains mois. En effet, les instances de l’ONU s’inquiètent quant à l’avenir de l’enseignement au Royaume Chérifien, étant donné la place de plus en plus importante accordée aux établissements d’enseignement privés.

C’est un collectif composé d’associations marocaines et internationales qui est à l’origine de ce constat. Celui-ci, composé de la Coalition marocaine pour l’éducation pour tous, la Fédération nationale des associations de parents d’élèves au Maroc, la « Global initiative for economic social and cultural rights », le Mouvement Anfass démocratiques, Bayti, l’Union des étudiants pour le changement du système éducatif, Zaynoo ainsi qu’ATTAC/CADTM Maroc, a récemment mis en avant dans  un rapport, les discriminations dans l’éducation générées par la privatisation à outrance de l’enseignement. Ce collectif s’inquiète en outre des risques qu’engendre pour les Droits de l’Homme, et spécialement pour le droit à l’éducation, la mise en place de partenariats public-privé (PPP) dans l’enseignement.

Réagissant à ce rapport, l’ONU a dernièrement interpellé le gouvernement marocain et a invité les autorités nationales à lui fournir des explications sur l’impact que la privatisation de l’enseignement aurait sur le système éducatif, en particulier sur la prévention de l’échec scolaire, les inégalités dans l’accès à l’éducation et comment ce virage pourrait assurer l’application du principe de l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous.

Par ailleurs, les experts onusiens souhaitent également que le Maroc leur donne des informations sur les mesures prises pour améliorer la qualité de l’enseignement public, ainsi que le développement du secteur de l’enseignement préscolaire.

Le gouvernement marocain a récemment entreprit de s’inspirer du modèle chilien en matière de développement des PPP dans l’éducation. Or, au Chili le système éducatif est réputé pour être l’un des plus inégalitaires au monde et la privatisation y a été un tel échec que les autorités locales envisagent de redéployer un système éducatif public, plus à même de garantir une éducation de qualité pour tous.

Il faut rappeler qu’en 2006 déjà, le CDESC avait déjà émis des réserves sur la voie prise par le système éducatif marocain, le qualifiant de système « à deux vitesse » et avait noté qu’un écart important se creusait entre l’enseignement public et l’enseignement privé, ce qui a créé des inégalités de chances pour les populations à faible revenus. 

Le rôle croissant de l’enseignement privé non régulé et les violations du droit à l’éducation au Maroc inquiètent aujourd’hui en plus hauts lieux. Même la Banque Mondiale avait émis de sérieuses réserves sur toute éventuelle privatisation totale de l’enseignement de base. Celles-ci n’ont malheureusement pas été prises en considération par le gouvernement marocain qui a mis en place un projet très permissif qui conduit l’enseignement au Maroc vers une situation plus que critique. 

Pour aller plus loin :

Rapport sur la privatisation de l’enseignement au Maroc

Education au Maroc : rapport de l’Unesco 2013/2014

Objectifs mondiaux de l’éducation : la Maroc encore loin du compte selon l’UNESCO

Maroc : l’école privée est source de ségrégation

 

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