Pour une nouvelle approche pédagogique

Pour une nouvelle approche pédagogique

Par 7 mai 2015
FavoriteLoadingAjouter aux favoris
  •  

 

Notre système éducatif prépare t-il les élèves pour faire face aux prochaines décennies ? L’Ecole fournit-elle les moyens et les outils pour affronter les défis futurs ? Ne doit-on pas réfléchir et faire émerger une nouvelle approche pédagogique en adéquation avec l’environnement actuel et futur des élèves ? 

Il est un constat que l’ensemble de la communauté pédagogique partage :

Une grande partie des élèves qui intégreront le secondaire en 2015, occuperont un emploi qui n’existe pas aujourd’hui !

C’est dans ce cadre, qu’un collectif de pédagogues au Quebec a publié au mois d’avril un « Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine » afin de préparer les élèves à leur siècle. Ce groupe d’enseignants, de directeurs d’écoles et de professionnels de l’éducation font ainsi l’état des lieux suivant :

Les élèves du primaire et du secondaire de 2015 sont nés au 21e siècle alors que leurs enseignants sont nés au siècle précédent

 

Les insuffisances du modèle éducatif actuel

La pédagogie « traditionnelle » a su répondre aux besoins de plusieurs générations, cependant, aujourd’hui il ne répond plus à la réalité des apprenants, pour cause de « fractures scolaires ».

Le « butineur numérique » face au « monopole de l’enseignant »

Avec la transformation numérique de notre société, l’enseignant n’est plus le seul « détenteur » du savoir et des connaissances. Grâce aux objets de plus en plus connectés, l’accès au savoir, à l’information et les possibilités de formation dépassent largement le cadre de l’école et ne passent plus par ce que les auteurs du manifeste qualifient de « guichet unique de l’enseignant ».

Ce qui est important, c’est de « de développer un nouvel éventail de compétences informationnelles pour s’y retrouver et transformer ces savoirs en outils ». Ainsi, ce n’est plus l’enseignant qui au cœur de toute activité pédagogique, mais l’élève qui doit être placé au centre des apprentissages dans un rôle plus actif. 

L’évaluation « statique » contre le « développement de compétences »

Le système éducatif actuel prépare les élèves à réussir essentiellement des évaluations qui sont selon les pédagogues québécois essentiellement « décontextualisés », axées principalement sur les connaissances avec comme seul objectif d’obtenir de bons résultats.

Pour faire face à un monde surchargé d’informations, l’objectif de l’école ne devrait-il pas être d’outiller les élèves pour développer leur sens critique et leur discernement ? Dans un contexte numérique, à quoi sert-il d’évaluer les élèves sur des informations aux quelles internet pourrait lui répondre facilement ?

L’évaluation, selon les auteurs du Manifeste, doit surtout « offrir une rétroaction permettant à l’élève de rectifier le tir ». C’est également un moyen pour l’enseignant d’adapter son apprentissage en fonction des besoins de ces élèves.

Une « société technologique » face à une « école déconnectée »

Les Technologies de l’Information et de la Communication envahissent notre société et dans beaucoup de cas améliorent la qualité de vie en favorisant un certain progrès. Alors que les nouvelles technologies investissement massivement divers secteurs comme la médecine, les transports, voire même la justice, le milieu de l’éducation résiste encore face à l’intégration des TIC. Alors qu’elles ont su améliorer de nombreux services, peut-on penser que les technologies pourraient avoir des effets positifs sur la pédagogie ?  

Le manifeste rappelle que les élèves sont des « natifs du numérique » dont la vie est envahie par la technologie, alors que pour les enseignants qui les encadrent les TIC sont « synonyme de défi d’intégration, parfois presque contre nature ».

 

Pour une nouvelle pédagogie, active et contemporaine.  

Le Manifeste défend une nouvelle approche pédagogique qui met l’élève au centre de la démarche éducative et transforme l’enseignant en accompagnateur. Pour ce faire, les auteurs définissent 6 critères indispensables à un apprentissage moderne et de qualité.  

L’école doit d’abord œuvrer pour « le développement des compétences informationnelles » et donner les moyens à l’élève de trouver, organiser, évaluer et utiliser l’information. L’objectif est de favoriser « la collaboration, le partage et à la construction des savoirs, en plus de favoriser une intégration durable des connaissances ».  

Pour renforcer le rôle actif de l’élève, celui-ci doit selon le Manifeste « apprendre à apprendre » et se concentrer sur les « stratégies à employer afin de consolider les apprentissage et les rendre plus signifiants ». Dans les perspectives d’une formation continu tout au long de sa vie, l’élève devient ainsi son propre enseignant.  

L’éducation devrait aussi « valoriser la curiosité, la créativité, l’expérimentation et l’innovation », notamment en « décloisonnant la classe ». Il faut donner aux élèves les outils de réinventer leur monde en pensant différemment. L’exploitation des outils du web 2.0 en tant que supports pédagogiques constituent un exemple de processus créatif, actif, ancré dans la réalité. De même que la « gamification » de l’enseignement avec le jeu  permet de valoriser l’expérimentation. De ce fait lorsque l’élève est motivé et s’amuse, l’apprentissage se fait avec plaisir et devient plus efficace.

Par ailleurs, le Manifeste consacre également la place de plus en plus importante prise par les TIC dans la vie des enfants. L’enseignant doit ainsi prendre conscience que « certains apprentissages sont peut-être déjà fait et, surtout, qu’il peut aider l’élève actif à en réaliser et consolider d’autres ». Au lieu de les considérer comme « un simple gadget », l’enseignant doit prendre conscience de la puissance des TIC en tant qu’outil pédagogique. Les nouvelles technologies ne sont pas une finalité en soi, mais une passerelle qui facilite la rétroaction (commentaires constructifs), le développement de communautés d’apprenants et la mise en place d’activités ludiques pour l’apprentissage…

Ainsi, à l’ère de la communication mondialisée, il faut « tendre vers la collaboration sur toutes ses formes, et ce, tout au long du processus d’apprentissage. Les élèves peuvent désormais travailler à plusieurs, en temps réel, partout dans le monde. La technologie permet la co-construction et l’évaluation aussi bien par l’enseignant que par les pairs.

Enfin, les auteurs du Manifeste préconisent la « responsabilisation de l’apprenant », à qui il faut déléguer une part du contrôle. Ceci implique des prérequis d’informations à propose des intentions pédagogiques de l’enseignant et des objectifs de l’enseignement proposé. L’élève doit être poussé à identifier et sélectionner de lui-même les chemins qui le mèneront vers le succès.

 pedagogie active

 

Quelques pistes d’action

Dans la dernière partie du rapport, les enseignants et les directeurs d’école québécois proposent quelques pistes  de travail pour soutenir les multiples initiatives dans la transformation du système d’éducation et la mise en place d’une nouvelle approche pédagogique.

La première consiste à « S’assurer que la formation des maîtres est en adéquation avec les attentes et les besoins du milieu et assurer une interaction entre les milieux universitaires et scolaires ». Ainsi, les programmes de formation des maîtres et professeurs doivent sans cesse être actualisés et adaptés aux changements de l’environnement des apprenants et aux nouvelles technologies mises à disposition de l’apprentissage. De même, la relation entre la recherche scientifique en éducation et le milieu scolaire doit être renforcée pour rendre concrets des concepts théoriques mis en avant par des chercheurs.

De plus, les responsables en charge de l’éducation doivent « Établir une structure encourageant la formation continue et le réseautage ».  « Pour être un bon enseignant, il faut continuer à être un apprenant ». Le professeur doit continuellement se tenir informer des nouveaux développements dans son champ d’enseignement, se perfectionner sur les nouveaux outils pédagogiques et sans cesse développer ses propres compétences.  

Le Manifeste recommande également de « varier les outils et les approches ». En effet, il n’existe pas un modèle unique en enseignement. La multiplicité des ressources didactiques permet de mettre en place divers scénarios pédagogiques et diversifier son approche en fonction des besoins des apprenants.  

Enfin, investir l’élève dans une démarche d’apprentissage requiert que le leadership dans l’éducation soit assumé par l’ensemble des intervenants : enseignants, responsables d’établissements, parents…L’élève intégrera activement une communauté d’apprentissage, d’autant plus que les acteurs de cette communauté affirment clairement leur leadership positif.

 

Pour Conclure…

La communauté de pédagogues à l’origine de ce Manifeste se positionne comme « des leaders assumés du changement positif dans l’éducation, orienté vers l’élève et de l’importance de le positionné au cœur de la démarche scolaire ». Leur objectif n’est autre que de favoriser la mise en place d’une nouvelle approche pédagogique, active, moderne et de rendre l’élève impliqué dans son apprentissage.  

Ce manifeste a ainsi pour objectif de faire réfléchir les enseignants à la modernisation de leurs pratiques et à la diversification de leur enseignement.

Les auteurs rappellent d’ailleurs que : 

L’éducation est la fondation de tout système démocratique, elle constitue un immense investissement dans la jeunesse actuelle dans le but d’assurer le futur d’une société entière 

 

Pour aller plus loin : 

Motiver les élèves grâce à une pédagogie alternative

Enseignement par les pairs, innovation en pédagogie active

 

Commentaires

commentaires