La suppression des notes en classe peut-elle réduire les inégalités entre les élèves ?

La suppression des notes en classe peut-elle réduire les inégalités entre les élèves ?

Par 22 mars 2016
FavoriteLoadingAjouter aux favoris

Modifier le système d’évaluation en supprimant les notes en classe. Voilà bien un poncif qui donne des migraines aux responsables en charge des réformes des systèmes scolaires dans de nombreux pays. Pour certaines, supprimer la notation est la solution à tous les maux de l’école. Pour d’autres il est impensable d’améliorer la qualité de l’enseignement sans constamment noter les élèves.

Le dilemme est posé. Comment évaluer de manière objective les élèves, sans forcément leur donner une noté sur 20, moyen d’évaluation préféré des enseignants. Une suppression, même partielle, des notes en classe peut-elle permettre de réduire les inégalités entre les élèves, pour que l’école retrouve son rôle d’ascenseur social ?

C’est ce à quoi tente de répondre une étude menée par le CNRS en France, qui montre qu’une suppression partielle des notes à l’école impacte positivement l’enseignement et favorise un meilleur apprentissage. Ceci pour, au final, réduire les inégalités face à la réussite scolaire , souvent biaisée par l’origine sociale. 

 

Une évaluation des compétences plutôt que des notes en classe

Cette étude se base sur une expérimentation menée dans 70 établissements d’enseignement secondaire en France au courant de l’année scolaire 2014-2015. Dans l’académie de Tours-Orléans, plus de 6000 élèves  des classes de 6e à la 2nd (équivalent du collège et de la première année de lycée), ont participé à une  première tentative pour supprimer, en partie, les notes en classe.

La consigne donnée aux établissements était des plus simples : pas de notes en classe. Ces dernières n’étaient « autorisées » que dans le bulletin de fin de trimestre, à titre informatif pour les familles, parmi plusieurs autres indicateurs. Pour compenser l’absence de notation, un nouveau système a été utilisé : l’évaluation par compétences. Après avoir défini celles sur lesquelles les élèves devaient travailler, les enseignants étaient invités à les évaluer régulièrement en cours avec une échelle de 4 niveaux : non maîtrisé, partiellement maîtrisé, maîtrisé et très bien maîtrisé.

 

 Des progrès pour tous les élèves…

Cette méthode qui se base sur un bilan d’acquisition du socle commun des connaissances et de compétences, bagage que tout élève doit maîtriser à la fin de chaque cycle (primaire, de base, secondaire), n’est pas révolutionnaire en soi. De nombreux responsables pédagogiques tentent, à divers degrés, de favoriser l’émergence de ce système d’évaluation considéré comme plus opportun que le système actuel.  

 

                A LIRE AUSSI

                Pour améliorer les résultats des élèves, renforcez l’évaluation ! 

 

Et voilà que l’étude du CNRS, qui a été menée sur les classes de 3e dans 3 matières (mathématiques, français, histoire-géographie), apporte un peu d’eau au moulin des défenseurs de la suppression des notes en classe. Deux groupes d’élèves, l’un non impliqué dans le projet gardant la notation sur 20, l’autre expérimentant l’évaluation par compétences, ont été évalués à deux périodes de l’année : au début, à l’aide de tests standardisés et à la fin au moyen des résultats des épreuves du Brevet des collèges. Les résultats montrent que l’écart de niveau entre les élèves issus de milieux favorisés et défavorisés a été réduit de moitié dans la discipline des mathématiques, pour laquelle les résultats sont les plus probants (6 points d’écart de moyenne dans le premier groupe contre 3 pour le deuxième).

Par ailleurs, l’expérimentation a engendré un autre effet positif : les élèves se préoccupent moins de leur positionnement dans la classe.   S’ils cherchent encore à se comparer, c’est seulement par rapport à ce que chacun sait faire ou ne pas faire. Autre aspect positif, tous les élèves ont progressé quel que soit leur niveau initial et contrairement aux idées reçues, les meilleurs ne sont pas tirés vers le bas avec cette méthode.        

           

…mais pas dans toutes les matières

Cependant, certaines les autres matières n’ont pas connu le même succès que les mathématiques. Ainsi, en français et  en histoire-géographie les élèves n’ont pas connus les mêmes avancées. Si le niveau n’a pas baissé, l’écart entre les élèves des couches défavorisées et favorisées n’a pas forcément diminué. Les chercheurs mettent cela sur le compte d’une implication moins forte des enseignants de français et d’histoire-géo par rapport à ceux de mathématiques, qui collaborent beaucoup plus entre eux. Ils expliquent aussi que ces matières se prêtent moins bien à une évaluation par compétences.

 

              A LIRE AUSSI

              Evaluer les élèves avec leurs smartphones

 

Quoi qu’il en soit, cette expérimentation a surtout permis de montrer que en l’absence de notes, les élèves ont beaucoup moins d’appréhension par rapport à l’évaluation et ont moins peur de l’échec. De même, l’évaluation par compétences leur fournit plus d’informations sur leur véritable niveau, les progrès à faire et  le chemin qu’il reste à parcourir, que ne peut le faire une note sur 20.  

En l’état, il est difficile d’affirmer que la suppression, même partielle, des notes permet d’améliorer le niveau général des élèves. Ce qui est sûr, c’est que l’évaluation par compétences tend à motiver d’avantage les élèves qui avaient l’impression d’être les laissés pour compte du système.


Commentaires

commentaires