BYOD : utilisez les appareils personnels des élèves.

BYOD : utilisez les appareils personnels des élèves.

Par Karim Elouardani 3 mars 2015
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Apparu au milieu des années 2000 dans les entreprises, le BYOD, « Bring Your Own Device » (ou AVAN en français pour « Apportez Votre Appareil Numérique ») fait aujourd’hui une percée spectaculaire dans les salles de classe.  L’esprit du BYOD est de permettre à chaque utilisateur de travailler partout et à tout moment avec son appareil numérique personnel. Avec cette approche, un établissement scolaire dispose d’un moyen économique de favoriser l’apprentissage numérique des élèves et de leur permettre d’accéder à de nouvelles ressources pédagogiques au sein de la classe. Ainsi, l’apprenant choisi d’utiliser un outil : ordinateur portable, tablette, Smartphone…qu’il maitrise et  qu’il peut utiliser à sa convenance en dehors des cours.

Cette nouvelle pratique pose évidemment un certain nombre de questions, relatives à la gestion de la classe, à la planification des activités et soulève un réel problème d’équité (quid des élèves qui ne possèdent  pas d’un appareil numérique ?).

Réalités et perspectives d’une approche BYOD

Concrètement, de plus en plus d’enseignants en Europe permettent à leurs élèves d’apporter leurs appareils numériques personnels en classe afin d’effectuer certaines tâches spécifiques. Cette nouvelle approche pédagogique s’accompagne de nouvelles perspectives d’enseignement mais fait face également à certaines réalités, notamment socio-économiques. Pour réussir son intégration dans le cadre scolaire, cette approche novatrice demande une certaine préparation, de fortes capacités d’adaptation et une analyse approfondie de l’environnement d’enseignement.

Dans un contexte maghrébin, la première question à laquelle les enseignants doivent répondre est : tous mes élèves disposent-ils d’un appareil numérique. En effet, même si de plus en plus d’adolescent ont accès aux nouvelles technologies : ordinateur familial, téléphones intelligents personnels, l’accessibilité est loin d’être garantie pour tous.  Une solution consiste à mutualiser les appareils, mais cette option est soumise à l’acceptation des élèves propriétaires des outils et pose la question de la personnalisation du travail et de l’accès en dehors de la classe.

De l’intérêt pédagogique d’une approche BYOD

La mise en place d’un processus BYOD au sein de l’établissement présente certains avantages en termes pédagogique et d’apprentissage.

L’utilisation d’un appareil numérique connecté, valorise et motive l’élève. Ce dernier, qui possède un ou plusieurs terminaux, est généralement fier de la maitrise de ces derniers et motivé par les possibilités offertes. Généralement, l’adolescent entretient une relation affective avec leur appareil et il est heureux de pouvoir s’en servir en classe, cela le motive et permet d’atteindre les objectifs plus rapidement. De plus, sa maitrise du numérique, souvent plus poussée que celle de l’enseignant, lui permet de se valoriser, de montrer d’autres compétences et de les partager. Le rapport entre l’élève et l’enseignant s’équilibre puisqu’il y a un partage d’expérience et de savoir-faire. Le rapport entre élèves se modifie puisque l’on assiste à des échanges techniques, des expériences entre pairs.

L’utilisation des appareils numériques en classe permet également d’engager une éducation au numérique. L’enseignant se transforme en accompagnant et fait découvrir à ses élèves les avantages et les risques liés au  numérique et aux réseaux sociaux notamment. La réflexion qui s’engage dépasse le cadre de l’école et permet même d’accompagner l’usage du numérique par les élèves dans la vie quotidienne et de les préparer à leur future vie professionnelle.  La mise en place d’un processus BYOD offre un gain de temps énorme sur une séquence courte. Plus besoin de se déplacer pour utiliser la salle informatique et plus de bousculade pour dégager un créneau. La connexion est quasi immédiate et les élèves maitrisent parfaitement un matériel généralement récent.

Un projet BYOD oui…mais !

L’un des principaux freins à la mise en place d’une démarche BYOD est bien évidemment l’absence d’équité entre les élèves. Cette question se pose inévitablement dans le cadre d’une école républicaine qui favorise l’égalité des chances. Néanmoins, il faut pouvoir y apporter une réponse en termes de projet pédagogique qui doit être précis et inscrit dans le temps (année scolaire, trimestre, semaine…)et en termes de clarification de l’objectif (enseignement par les pairs, apprentissage par projet, recherche documentaire…). Il est ainsi recommandé d’évaluer le nombre d’élèves ne possédant pas d’appareil numérique personnel et privilégier les travaux de groupe dans la classe (généralement en Algérie, au Maroc ou en Tunisie, ce seront les enseignants qui apportent leur appareil pour en faire découvrir l’usage à ses élèves).

L’autre problématique à résoudre avec la mise en place d’un projet BYOD c’est de contrôler les activités, et notamment ce qui se fait réellement avec les Smartphones. Quoi qu’il en soit, il est très difficile de tout maitriser, et il faut dans ce cas accorder une certaine confiance aux élèves. Une charte d’utilisation des appareils numériques en cours peut être mise en place pour prévenir certains usages « hors programme ». De même ce règlement doit pouvoir servir de garde-fou en ce qui concerne l’accès aux données personnels contenues dans les appareils individuels et de garantir la sécurité et la confidentialité.

Quelques précautions d’usage
  • Définir un cadre d’utilisation et un cadre « géographique » (la salle de classe) à cette utilisation
  • Vérifier la disponibilité de la connexion, sa puissance et la possibilité de mettre en place des filtres (plus facile à faire pour un accès WIFI, qu’avec un accès 3G)
  • Assurer la sécurité et le « gardiennage » des appareils durant le reste de la journée pour les protéger.

Même si l’accès aux appareils numérique n’est pas tout à fait démocratiser au Maghreb, de plus en plus d’élèves disposent au minimum d’un Smartphone. La mise en place d’une approche BYOD sur des projets collaboratifs peut être un palliatif au manque d’équipement des établissements et un premier pas vers l’introduction d’une approche pédagogique numérique.

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