Pour une généralisation de l’éducation numérique au Maghreb

Pour une généralisation de l’éducation numérique au Maghreb

Par 23 novembre 2015
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L’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication en éducation (TICE) représente un immense espoir pour faire face aux nombreux défis auxquels sont confrontés les systèmes éducatifs maghrébins. Il est urgent de savoir de quelle manière mettre en place les conditions pour faciliter le changement d’échelle des nombreuses initiatives prometteuses.

 

Un contexte favorable à la généralisation de l’éducation numérique au Maghreb

En 2014, le taux de pénétration du mobile dans les pays maghrébins est de plus de 80%. Il représente plus de 115%* en Tunisie, 109%** en Algérie et plus de 130%*** au Maroc. D’ici 2020, 60% de ces mobiles devraient être connectés à internet, cette dynamique profitera incontestablement à tous les secteurs d’activité : agriculture, santé, finance ou encore l’éducation. Certains pays pratiquent déjà la remontée d’information médicale via SMS, proposent des solutions de paiement via mobile et des établissements scolaires communiquent avec les parents via SMS. Ces transformations technologiques apportent des changements significatifs dans la vie des utilisateurs.  

Dans le domaine de l’éducation, certaines perspectives se profilent : le plan Tunisie Digitale 2020 prévoit l’équipement de tous les élèves en tablettes dans les 5 ans, la vision 2015-2030 de l’éducation au Maroc accorde une part importante à l’utilisation des TICE et des expérimentations sont menées en Algérie sur la création de contenus pédagogiques interactifs. De nombreuses initiatives sont en cours pour améliorer la formation des enseignants, promouvoir une pédagogie active, centrée sur l’apprenant et faciliter les évaluations et les feed-back ou encore collecter des données pour la gestion des systèmes éducatifs. D’ici 2020, le marché de la mobile-éducation devrait connaître une croissance de plus de 50%.

Face à ces expériences encourageantes, les gouvernements locaux se doivent de mettre en place les mécanismes institutionnels et financiers pour appuyer et encourager ces transformations et accélérer le changement d’échelle pour l’utilisation des TIC dans l’enseignement au Maghreb. 

 

Favoriser le développement de l’infrastructure

En Algérie, en Tunisie et au Maroc, alors même que l’équipement en terminaux mobiles des ménages a explosé, cela n’a pas été forcément le cas pour l’infrastructure des établissements scolaires, dont beaucoup n’ont pas d’accès à internet et une majorité ne dispose même pas de postes informatiques. Miser sur les TICE exige donc en premier lieu de répondre aux besoins en infrastructure. L’équation économique est encourageante, puisque la libéralisation du secteur des télécommunications entraîne des baisses importantes au niveau du prix des abonnements internet et que de plus en plus de fabricants proposent des terminaux performants à des coûts très faibles.    

Cet investissement dans l’accès à l’équipement devra s’accompagner d’une renforcement des capacités des acteurs de l’éducation : les enseignants, les directeurs d’établissements et tous le personnel administratif de l’éducation nationale. 

 

Renforcer les capacités des acteurs de l’enseignement

Beaucoup d’expériences menées dans les années 2000 ont échoué par manque d’implication du corps enseignants. La mise en place d’un processus de renforcement des capacités en matière d’utilisation des TICE est donc un facteur clé de réussite.  

La multiplication des outils et des concepts en pédagogie numérique exige des compétences de plus en plus diversifiées et pointues par rapport à celle mobilisées par les enseignants. Mettre en place des formations pour favoriser la diffusion de la culture TICE au sein des corps pédagogiques est une réelle opportunité pour innover et améliorer la qualité de l’enseignement.  

En effet, les technologies ne constituent pas à elles seules une solution miracle. L’analyse des différentes expérimentations pédagogiques entreprises rappelle que les possibilités pédagogiques avec les apprenants sont multipliées par la diversité des outils multimédias.  Ainsi, l’intégration des TICE dans l’enseignement au Maghreb ne dépend pas tant des avancées technologiques que de leur appropriation pédagogique. Cela nécessite aussi bien la formation à des contenus techniques, mais également le développement d’une certaine culture numérique.

 

Innover dans le financement de l’éducation

Le caractère mobile des nouveaux outils (tablettes, laptop, connectivité 3G…), leur innovation et changement perpétuelle et le fait que les ménages en sont de plus en plus équipés bouleverse la vision du schéma classique de financement des infrastructures pédagogiques (définition des besoins en amont, passation de marché publics, cantonnement du matériel au niveau des établissements…).  

Ainsi, ne serait-il pas plus judicieux d’inciter au partage des équipements entre les familles et les établissements scolaires, à l’image de ce que propose l’usage du BYOD (apporter vos appareils personnels) ? Cette interaction des usages aura ainsi des conséquences sur le partage des coputs entre l’administration publique, les familles et les entreprises.  

Du coté des supports pédagogiques numériques, là aussi il convient de réfléchir à de nouveaux modèles d’affaires. Par exemple, pour les manuels scolaires, l’essentiel des coûts pour les produire en format numérique est supporté lors de la phase initiale de conception. La dématérialisation permettant une reproduction à un coût quasiment nul, ces ressources pédagogiques ne seront ainsi plus facturées de la même manière.

La création de nouveaux contenus pédagogiques numériques oblige également à repenser les instruments d’intervention publique : production publique, appel au marché à travers des partenariats public/privé stimulation d’une dynamique communautaire pour la création de ressources éducatives libres…Le tout est de trouver le juste équilibre entre ces différents instruments pour proposer des contenus pédagogiques numériques adaptés aux besoins de l’enseignement des élèves maghrébins. 

 

* : Rapport de l’Instance Nationale des Télécommunications (INT) sur le secteur mobile, fixe et Internet en Tunisie, pour le mois de mars 2014

** : Rapport annuel de l’Autorité de régulation de la Poste et des télécommunications (ARPT) 2014

*** : Chiffres de l’ANRT pour le premier trimestre 2014 

 

 

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