L’éducation en Tunisie, 5 ans après la Révolution…

L’éducation en Tunisie, 5 ans après la Révolution…

Par 14 janvier 2016
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En ce 14 janvier 2016, qui marque le 5ème anniversaire de la Révolution, alors que le pays connait de nombreuses difficultés au niveau politique, économique et sécuritaire, nous souhaitons réaliser un état des lieux de la situation du secteur de l’éducation en Tunisie.

Dans la construction de tout système démocratique et pour assurer un développement du pays, l’amélioration du système éducatif, se doit d’être au cœur des ambitions nationales. De plus, en ces temps de crise, il est important de pouvoir transmettre aux jeunes des compétences académiques solides, mais aussi de leur inculquer des valeurs de travail, de citoyenneté et de patriotisme.

Au-delà du simple fait d’acquérir des connaissances, l’école doit refléter l’esprit même de la Tunisie. Elle se doit d’être juste, accessible et constituer un ascenseur social qui récompense les plus méritants. Or aujourd’hui, il est urgent de rappeler qu’annuellement, cette école laisse 100 000 enfants sur le bord de la route, en situation d’échec et d’abandon scolaire (même si quelques initiatives sont à saluer pour lutter contre la déscolarisation) et que la méritocratie (à l’image de ce qui se passe dans l’administration) n’est pas le point fort de notre système éducatif.   

Ainsi, après les tergiversations induites par l’instabilité politique et la nature provisoire des ministres qui se sont succédé entre 2011 et 2014, il nous semblait qu’avec les élections législatives de 2014 et l’installation d’un gouvernement pour 5 ans, qu’enfin l’heure des grands changements était arrivé. Un an après, nous regrettons que la Grande Réforme de l’éducation en Tunisie se fasse toujours attendre. 

Le Ministre Néji Jalloul a certes mis en place une grande consultation nationale pour réfléchir sur l’avenir de l’école tunisienne et définir de manière concertée les mesures à prendre pour améliorer la qualité de l’enseignement. Cette concertation avec le corps enseignant, les directeurs d’établissements scolaires, les agents administratifs et même les parents a abouti à de nombreuses propositions mais n’a pas permis de dégager une vision partagée pour le secteur de l’éducation en Tunisie, sur laquelle pourra se fonder une stratégie de développement.

Le Ministère de l’Education a également pris quelques mesures que l’on peut qualifier de « révolutionnaires » et qui ont à plusieurs reprises conduit au mécontentement et à la mobilisation des syndicats d’enseignants (souvenons des grèves malheureuses de 2014 qui ont entravé les examens, surtout en primaire). On peut citer parmi celles-ci, la remise en cause du système de cours particulier (mesure qui tente de rétablir une certaine justice et égalité dans l’école tunisienne), ou plus récemment la modification du système d’évaluation des élèves (pour accroître le temps d’apprentissage et privilégié un contrôle continu des acquis). Mais il n’y a pas pour le moment de signes quant à une volonté de procéder au changement du curriculum ou du contenu des programmes scolaires, pour éventuellement s’engager vers le développement des compétences transversales des élèves et la formation de jeunes en mesure d’affronter le monde qui les abrite, plutôt qu’à ingérer des connaissances qui les rebutent. Il n’existe pas non plus de volonté apparente pour une transformation de l’organisation générale de l’enseignement secondaire, avec pourquoi pas une réflexion sur la « réintroduction » d’un système de formation professionnelle pour les lycéens.

Par ailleurs, alors qu’un vaste plan d’investissement est nécessaire pour réhabiliter les établissements scolaires fortement dégradés et construire de nouvelles écoles et collèges dans certaines zones défavorisés, le Ministère de l’éducation n’a été en mesure que d’avoir recours à une sorte de « Téléthon » de l’éducation pour récolter des fonds pour améliorer l’infrastructure. Un effort a été également demandé aux parents pour participer à l’aménagement et aux divers travaux d’entretien des bâtiments.

Par contre, il semble qu’un effort va être porté sur le recrutement et la formation des enseignants. Alors que le tant décrié CAPES devrait disparaître, la formation des équipes pédagogiques semble être parmi les priorités du plan d’amélioration du système éducatif tunisien. Ainsi, dès l’année prochaine, les Ecoles de Formation des Maîtres et des Professeurs seront de nouveau opérationnelles pour permettre de mieux préparer les enseignants et leur fournir les compétences nécessaires pour produire un apprentissage de qualité. Cette mesure devrait également impacter la gestion des établissements, puisque les directeurs seront également invités à suivre un programme de formation d’une année.

Se pose également la question de l’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement. Alors qu’un vaste plan d’équipement des élèves en tablettes a été annoncé à l’aube de la rentrés scolaire 2015, aucune information ni action n’est venu confirmer cette orientation. Là aussi, il y a beaucoup à dire, notamment sur la manière avec laquelle le Ministère aborde la question du numérique en classe. Ainsi, ne devrions-nous pas concentrer les efforts sur la création de contenus pédagogiques numériques et la formation des enseignants aux TICE et à leur intégration, plutôt qu’à renforcer la fracture numérique qui existe entre des élèves qui ont une parfaite maîtrise de la technologie et des professeurs qui, pour la plupart, considèrent ces nouveaux outils comme des gadgets inutiles (et qui ont souvent du mal à percevoir l’apport en matière d’amélioration de la qualité de l’enseignement).  

En définitive, l’éducation en Tunisie, s’en sort relativement mieux que d’autres secteurs gérés par l’Etat. Même si on ne peut pas parler de révolution en la matière, il y a tout de même une volonté de la part du Ministre actuel de prendre les choses en main et d’apporter quelques changements. Bien que parfois la manière et les méthodes employées soient sujettes à caution et que certaines mesures gagnerait à bénéficier de plus de concertation avec les parties prenantes ; il est indéniable que le système éducatif en Tunisie entame sa mutation. Surtout lorsqu’on compare avec l’inertie d’un autre secteur qui revêt autant d’importance pour le développement futur du pays, celui de l’enseignement supérieur. 

 

 

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