Les innovations pédagogiques en 2016

Les innovations pédagogiques en 2016

Par 14 décembre 2016
FavoriteLoadingAjouter aux favoris

Comme chaque année l’Open University publie un rapport sur les innovations pédagogiques et les nouvelles pratiques éducatives qui pourraient révolutionner l’enseignement dans les prochains mois. Pour cette 5eme édition, les chercheurs anglais se sont associés avec le Laboratoire des sciences de l’apprentissage à l’Institut National de l’Education de Singapour pour identifier les nouvelles formes d’enseignement, d’apprentissage et d’évaluation en mesure de guider les enseignants, les formateurs et les décideurs politiques.

L’édition 2016 propose dix innovations pédagogiques, pour la plupart déjà mises en oeuvre par certains enseignants , mais qui ne sont pas encore généralisées dans les systèmes éducatifs.  Nous vous présentons ici, les dix thèmes, théories et pratiques d’apprentissage susceptibles d’avoir une influence majeure dans le monde de l’enseignement et de révolutionner les pratiques pédagogiques a court, moyen et long terme.

 
Enseigner avec les réseaux sociaux

Pas vraiment une innovation pédagogique, l’utilisation des réseaux sociaux dans l’éducation est un phénomène qui se propage de plus en plus. De nombreux acteurs du monde de l’enseignement utilisent déjà des plateformes telles que Twitter ou Facebook pour partager des idées, engager des débats et échanger des contenus pédagogiques.

Ces outils permettent d’apprendre de manière moins formelle, surtout en dehors de la classe. Ils offrent une large gamme d’opportunités d’apprentissage, comme accéder à des conseils d’experts, défendre des opinions ou encore engager des débats d’opinion. Cependant, ces mêmes sites peuvent également confronter l’apprenant à des informations inexactes, des commentaires agressifs et des réponses erronées.  

Certaines organisations ont déjà mis en place des plateformes spécifiques pour offrir de nouvelles possibilités d’enseignement. Les apprenants sont guidés pour partager des expériences, établir des liens, et accéder à certaines ressources pédagogiques. D’autres ont spécifiquement développées des outils en relation direct avec des projets éducatifs. C’est le cas de la page Facebook « Real Time World War II » qui relate heure par heure les événements de la 2eme Guerre Mondiale ou du compte Twitter « Mars Curiosity » qui relaye en live les découvertes faites sur la planète rouge. Néanmoins ce genre d’initiative requiert un investissement conséquent, une certaine expertise et une animation  permanente.

 
L’échec productif

Parmi les nouvelles innovations pédagogiques en 2016, le recours aux situations d’échec pour optimiser l’apprentissage gagne de plus en plus d’adeptes. L’échec productif est une méthode d’enseignement qui consiste à donner aux étudiants des problèmes complexes à résoudre, de les laisser se dépatouiller avec leurs propres solutions, avant de leur fournir des éléments de réponse et de les mettre sur la voie.  

L’objectif de cette méthode est de pousser les étudiants à collaborer, à utiliser leur propres champs de connaissances et à explorer différentes solutions possibles, avant d’évaluer et d’expliquer la meilleure d’entre elles. En luttant et parfois en échouant pour trouver la bonne réponse, les apprenants acquièrent une compréhension plus approfondie de la structure du problème et de ses éléments.  

Après ce processus, l’enseignant dévoile les concepts et méthodes principales de la solution, en aidant les élèves à consolider leurs connaissances en comparant les bonnes et les mauvaises réponses. Initié à Singapour, testé aux Etats Unis, au Canada et en Allemagne, l’apprentissage par l’échec exige que les étudiants composent avec les défis et l’incertitude. Même si ils ne se sentent pas en confiance au début, l’expérience de l’échec productif peut les aider à devenir plus créatif et plus résilient.  

Pour mettre en place un enseignement basé sur l’échec productif, les enseignants doivent avoir une profonde compréhension du sujet traité et apporter de profonds changements à leurs pratiques pédagogiques.

 
Restitution d’un enseignement reçu (teachback)

Au delà de recevoir un contenu éducatif de la part d’un enseignant, un élève peut également apprendre en expliquant aux autres ce que qu’il pense avoir acquis et compris. Une personne (l’enseignant, un expert ou un autre élève) explique à un élève ses connaissances à propos d’un sujet. A charge pour ce dernier de tenter d’expliquer aux autres ce qu’il a compris et retenu.  

Cette méthode permet à la fois à l’apprenant de mieux retenir un sujet ou un problème en reformulant sa compréhension du thème dans ses propres termes, mais aussi d’expliquer de manière plus compréhensible ce qu’il a retenu et appris. Ainsi, si celui qui reçoit les explications n’est pas en mesure de comprendre, les deux apprenants peuvent engager une discussion jusqu’à ce qu’ils s’accordent sur le sens de l’enseignement partagé.

Cette innovation pédagogique, qui se rapproche de l’enseignement par les pairs, est très utilisée dans le domaine de la santé, ou les médecins demandent au patient d’expliquer ce qu’ils ont compris du traitement prescrit. Elle peut notamment être généralisée pour des sujets pour lesquels une compréhension mutuelle est essentielle. 

 
Le « Design Thinking » dans l’enseignement

Le « Design Thinking » est une méthode qui permet de résoudre des problèmes en utilisant des concepts et des outils inspirés des designers. Elle s’applique à travers des processus créatifs impliquant l’expérimentation et l’utilisation de modèles créatifs ou de prototypage.  

Le « Design Thinking » place les apprenants dans des contextes qui les obligent à penser comme des designers, créant des solutions innovantes qui répondent aux besoins réels des personnes. Les apprenants sont amenés à résoudre des problèmes techniques, mais aussi à comprendre la manière dont les utilisateurs pourraient employer leurs solutions. C’est un  processus aussi bien social que mental.  

Cette nouvelle méthode d’enseigner implique de travailler selon diverses perspectives, de faire appel à la résolution de conflit et à la négociation. Par exemple dans le cadre de la conception d’un serious game éducatif, il faut se mettre aussi bien dans le peau d’un enseignant, qui utiliserait le jeu, que dans celle d’un joueur intéressé par le coté ludique.  

Du point de vue pédagogique, ce nouveau modèle d’apprentissage fait appel à des notions d’éducation civique, à la conscience culturelle et à la pensée critique et créative. En implémentant ces innovations pédagogiques en classe, l’enseignant et les élèves doivent prendre des risques et mettre en place de nouvelles méthodes de travail.

 
Apprentissage par la foule  

Faire appel à la foule, donne accès à une multitude de sources valables de connaissances et d’opinions. Passionnés, amateurs et experts échangent des idées, génèrent des contenus, résolvent des problèmes et s’accordent sur les meilleures solutions.  

L’exemple le plus marquant d’une foule en action est bien sur Wikipédia, l’encyclopédie en ligne coéditée et continuellement approvisionnée par les contributions du grand public. De même, nous pouvons citer d’autres exemples, comme les activités scientifiques menées par des citoyens : classification des galaxies, identification des espèces d’oiseaux. Cependant, nous n’utilisons pas encore le potentiel de la foule à son maximum en tant que ressource éducative et c’est la moins pratiquée des innovations pédagogiques.

Les applications possibles du « crowdsourcing » dans l’éducation peuvent être la collecte et la curation de ressources pédagogiques, le partage de travaux des élèves et leur discussion en ligne ou encore la diffusion d’avis et de données pour une utilisation dans le cadres de projets ou d’études de recherche.  

Cette méthode initie le grand public à la pensée scientifique, favorise l’appréciation des sciences et engendre du soutien aux travaux des chercheurs. Cependant cette approche nécessite de vérifier la qualité et la validité des contributions faites par la foule, car celle-ci peut parfois se tromper. 

 
La gamification de l’enseignement  

L’usage des jeux vidéo dans l’enseignement  est parmi les innovations pédagogiques qui présente un fort potentiel pour l’éducation. ce type d’outil permet d’apprendre en s’amusant, simultanément avec d’autres personnes et de manière interactive.  

En 1970, les enfants pouvaient déjà apprendre à fixer les prix, promouvoir et vendre des limonades grâce au jeu PC « Lemonade Stand ». Depuis l’industrie du jeu numérique éducatif a bien évolué. Les enseignants ont désormais accès à une multitude de jeux sérieux,  diverses manière d’introduire une gamification en classe et de nombreuses possibilités de développer un apprentissage basé sur le jeu.  

L’apprentissage par le jeu peut passer par l’utilisation de jeux spécialement conçus pour l’éducation, l’adaptation d’éléments de jeux dans le cadre du travail ou de la formation professionnelle (simulateur de vol…) ou encore  juste profiter des opportunités collaboratives offertes par certains jeux. Le jeu amène l’apprenant à s’essayer à différents rôles, à évoluer dans des contextes inconnus et surtout à prendre des décisions dont il peut immédiatement constaté les répercutions.  

Cependant, l’équilibre entre apprentissage et plaisir demeure fragile. Ainsi, le développement d’un jeu vidéo pour l’éducation requiert une collaboration entre les concepteurs, les ingénieurs et des experts en apprentissage.

 
L’évaluation formative  

La plupart des applications dédiées à l’évaluation dans l’apprentissage visent à mesurer et à analyser le processus d’apprentissage des étudiants en surveillant leur comportement et en déduisant leur processus de pensée. Les données mesurées concernent souvent, le temps passé sur l’apprentissage en ligne ou la performance lors des évaluations.

En identifiant les facteurs d’échec à un test, l’analyse sommative de l’apprentissage fournit aux enseignants un condensé des performances des élèves et un aperçu de ceux nécessitant un soutien particulier.  

L’évaluation formative permet, au contraire, de détecter les difficultés de l’apprenant à travers un diagnostic de son mode d’apprentissage afin de lui venir en aide (remédiation) en modifiant la situation d’enseignement ou le rythme de progression. Elle permet d’aider les apprenants à réfléchir sur ce qu’ils ont appris, sur ce qui peut être amélioré, sur les objectifs qui peuvent être atteints et sur comment ils doivent organiser leur progression.  

En fournissant des analyses pour l’apprentissage plutôt que des analyses de l’apprentissage, l’évaluation formative offre un potentiel pour responsabiliser chaque apprenant, à travers un feedback (rétroaction) périodique, personnalisée et automatisé, y compris sur son parcours d’apprentissage. 

 
Apprendre pour le futur

Les apprenants ont besoin de recevoir un enseignement non seulement pour aujourd’hui, mais aussi pour le futur. Ils doivent acquérir des compétences et des connaissances qui leur permettront de faire face à une vie incertaine et un environnement de travail complexe.  

Apprendre pour le futur construit les capacités pour appendre. L’objectif ne consiste pas uniquement à maîtriser le contenu, mais aussi à acquérir des compétences pour apprendre, désapprendre et réapprendre. Ceci inclut la capacité de changer de perspective en fonction de nouvelles informations ou de compréhensions différentes.  

Cette approche peut aider les étudiants à acquérir des compétences dans le domaine de la pensée critique, à améliorer les interactions sociales liées à l’apprentissage et au travail en groupe et à développer une ingéniosité dans la manière d’apprendre.  

Les étudiants « aptes pour le futur » disposent des facultés et de l’autonomie dans la planification de ce qu’ils doivent apprendre et comment ils doivent le faire. Ils développent des compétences de citoyens responsables, d’innovateurs et de contributeurs dans un contexte de plus en plus incertain.

 
Enseignement multilingue  

Dans un monde globalisé, certains apprenants étudient et parlent de plus en plus dans un langage qui n’est pas leur langue maternelle. Le plurilinguisme fait référence à la capacité de jongler de manière flexible et fluide entre plusieurs langues.  

Certaines stratégies pédagogiques engagent les élèves dans des processus d’apprentissage bilingues, par exemple en mettant en place des collaborations transfrontalières (projet Etwinning), en incitant à effectuer des recherches sur internet dans différentes langues, ou en permettant l’accès à de larges communautés et ressources en ligne.  

L’apprentissage multilingue permet aux étudiants d’élargir leurs horizons et de trouver de nombreuses opportunités par-delà les frontières. Il peut également enrichir leur expérience culturelle et les pousser à échanger des points de vues avec des étudiants du monde entier.  

Cependant, dans le cadre d’une classe bilingue, on peut parfois aboutir à l’exclusion les apprenants qui ne maîtrisent pas correctement une deuxième langue, ou tomber dans la facilité de considérer pour acquis la capacité des élèves bilingue à utiliser leur langue pour un apprentissage efficace.  

Le multilinguisme peut également aboutir à la fusion des langues et menacer la survie des « langues standards ». En revanche, il peut faciliter l’accès à l’éducation et à l’amélioration de la compréhension mutuelle entre les peuples. 

 
La « Blockchain » dans l’éducation  

Parmi les innovations pédagogiques en 2016, l’utilisation du concept de « blockchain » en éducation n’est pas celle qui parait la plus évidente.

Le « Blockchain« est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. La « blockchain » stocke les événements numériques en toute sécurité sur tous les ordinateurs des utilisateurs plutôt que sur un serveur central. C’est notamment la technologie qui est à l’origine du développement de la monnaie Bitcoin.  

Cette approche pourrait être appliquée en éducation au niveau du stockage des performances des élèves, actuellement centralisés et détenus par les établissements, en passant à un modèle plus démocratique dans lequel les données seraient enregistrées par un  large panel de participants. La technologie « blockchain » permettrait à tout participant d’ajouter une nouvelle donnée, comme une note d’examen par exemple, à une chaîne unique événements digitaux. Cette chaîne serait stockée sur plusieurs ordinateurs, sans pouvoir être altérée ou annulée.    

Cette innovation pourrait par exemple, être utilisée comme une base de données partagée de propriété intellectuelle. Elle permettrait à tout participant de stocker des certificats académiques, des créations telles que des poèmes, des illustrations, des textes, voire même des idées originales. Les créateurs n’auraient plus à réclamer la paternité des œuvres, puisque la succession des enregistrements serait visible de tous.  

Comme le Bitcoin qui est lié à une monnaie, une « blockchain » éducative pourrait être liée à une contrepartie définie en termes de réputation intellectuelle. Les participants pourraient obtenir des crédits pour la réalisation d’une activité intellectuelle, ou la révision de la création d’une autre personne. Ils pourraient également faire don de petites quantités de réputation pour stimuler la création ou le développement d’idées par d’autres personnes. Tous les événements seraient enregistrés et visibles sur la « blockchain » éducative partagée.

Alors que cette technologie ouvre de nouvelles perspectives pour négocier la réputation éducative, comme ça peut être le cas pour une monnaie, elle soulève des préoccupations quant à considérer l’apprentissage comme une marchandise qui peut être vendue ou achetée (mais n’est pas déjà le cas avec l’enseignement privé ?)

Si vous avez déjà pratiqué ou mis en place l’une des innovations pédagogiques proposées ci-dessus, ou si vous souhaitez en proposer d’autres, nous vous invitons à partager votre expérience dans les commentaires de cet article, sur notre page Facebook ou en nous mentionnant sur Twitter.

Pour aller plus loin :

Innovating Pédagogy 2016 (rapport complet de l’Open University en anglais)

L’éducation en 2016

Les thèmes qui marqueront l’éducation dans la prochaine décennie

10 innovations pédagogiques qui feront 2016

Commentaires

commentaires